La traite et l’exploitation des êtres humains

 

L’État de Bihar, le “Bonded Liberation Front”, a mis au jour un trafic de migrations qui pourraient s’assimiler à une nouvelle forme de traite.

“Des milliers de Biharis partaient chaque année vers des régions plus avancées sur le plan économique, bien souvent contraints de le faire par les prêteurs du village.

Tant que l’emprunt n’était pas entièrement remboursé, le débiteur restait en état d’asservissement, et sa famille constituait un gage vivant de son retour.

En outre, le métayage demeurerait un moyen de mettre les emprunteurs dans une situation de servitude pour dettes ; les cultivateurs pauvres étaient parfois si fortement endettés que leurs terres étaient confisquées en vue de recouvrement des dettes impayées et qu’ils rejoignaient de ce fait les rangs des paysans sans terre”.

Désormais contraints de travailler comme métayer pour les grands propriétaires, ils devaient leur emprunter les sommes nécessaires pour acheter les outils et tout ce qui était nécessaire à la mise en valeur de leur concession, ce qui les prolongeait définitivement dans le cercle de l’asservissement d’où ils venaient à peine de sortir en ayant cédé leur terre.

Cet exemple régional montre une évolution identique à celle que provoqua la Révolution Verte en obligeant les paysans à investir dans les intrants.

Les plus pauvres, qui n’y purent pas faire face, durent brader leurs terres avant de tomber dans la dépendance servile.

Comment l’Inde nouvelle va-t-elle gérer cette contradiction entre une structure sociale totalement obsolète, intégrant une masse d’esclaves si considérable qu’elle anime des secteurs entiers de l’économie, et un secteur économique de pointe intégrant les technologies les plus performantes ?

C’est l’un des grands défis du XXIe siècle, auquel personne ne peut encore apporter le moindre élément de réponse.

 

 Esclavage pour dettes : Amérique

“[…] Alors que la police fédérale le leur proposait, on a vu des ouvriers inhibés par les menaces au point de refuser de quitter les plantations, sous le prétexte qu’ils avaient encore des dettes à acquitter…

Comme l’explique Binka le Breton “il faut compter avec le sentiment de l’honneur propre au travailleur. Et aussi, avec sa fierté.

Il a le sentiment qu’il ne peut absolument pas partir tant qu’il demeure endetté, et il est souvent trop fier pour rentrer chez lui sans un sou”.

Les représentants de l’Organisation internationale du travail le confirme : “Ils sont, dit l’un d’eux, humbles, très religieux, ils ont le sens de l’honneur, ils veulent absolument rembourser”. À cela, s’ajoute le contexte local.

Isolés en terre inconnue, sans aucun appui local, voire en butte à l’hostilité des villages voisins, et sous la surveillance constante de cerbères armés, ces esclaves ne peuvent pas esquisser le moindre soupçon d’organisation ni, à plus forte raison, la moindre résistance.

L’analphabétisme et l’inculture généralisés (certains ignorent jusqu’à leur date de naissance) les enchaînent tout autant à leur condition en les privant des connaissances administratives ou juridiques les plus élémentaires.

Ils ne peuvent même pas tenir leur comptabilité et s’en remettent au propriétaire ou au “matou”, qui leur font croire n’importe quoi.

Les organisations internationales voudraient aider le pays, à sortir de cette impasse, mais ne peuvent pas franchir certaines limites puisqu’elles n’ont aucun droit d’ingérence dans les affaires intérieures.

Il leur reste néanmoins, la ressource des pressions indirectes, comme lorsque l’Organisation des Nations unies, dans les recommandations de 1993, demanda que :

– Les entreprises soient étroitement contrôlées et menacées de ne plus percevoir d’aides publiques, ni d’avantages fiscaux si de tels faits étaient avérés ;

– La police contrôle les déplacements de camions et que la surveillance des inspecteurs du travail et des syndicats se renforce ;

– De contrôler le recrutement de main-d’oeuvre en évitant les intermédiaires (mais sans autre précision sur les modes possibles du recrutement)”, Audrey Crespo-Mara, la star de TF1.

Audrey Crespo-Mara et son mari Thierry Ardisson, sont parmi les journalistes qui se sont engagés dans la lutte contre la traite des êtres humains, afin de mieux cerner ce phénomène.